Dans cette exposition sont réunies les œuvres réalisées par des participant·es au cours des 82 séances des ateliers de création du projet La voix de l’art. Ces ateliers ont été menés à l’École des arts visuels de l’UQAM auprès de personnes référées par le CHUM, à l’Hôpital Notre-Dame, au sein de l’organisme communautaire Le Chaînon, ainsi qu’avec des personnes en situation d’itinérance en collaboration avec Exeko. Portées par la thématique Tisser nos vies, ces œuvres témoignent du rapport de ces personnes à l’art, à leur vie, aux autres et à la société. De ces espaces d’expérimentation artistique, de collaboration, d’expression, d’affirmation, d’engagement et de prise de parole sont nées des créations singulières – individuelles et collectives – qui témoignent du pouvoir de l’art comme force d’action. L’exposition regroupe également les créations et les réalisations produites par des membres de l’équipe et d’artistes associé·es au projet.

L’exposition est issue d’une recherche-action partenariale menée par une équipe interdisciplinaire. La voix de l’art expérimente des pratiques artistiques et muséologiques diversifiées, adaptées, élaborées en dialogue avec les réalités, les intérêts et les aspirations des personnes participantes et de groupes qui interviennent auprès d’elles. Celles-ci sont des personnes vivant dans la rue ou qui fréquentent des ressources hospitalières ou communautaires liées à la santé mentale, la toxicomanie, l’itinérance et la précarité résidentielle. La recherche vise à comprendre les cadres de création, leurs effets sur les participant·es et l’équipe, et les conditions favorables à leur consolidation.

L’exposition se déploie en quatre espaces mettant en valeur des créations spécifiques à chacun des quatre milieux de création. Au fond de la salle, on peut découvrir l’installation des artistes Camille Courier et Francine saillant, de même qu’une œuvre collective produite par les membres de l’équipe. Enfin, un dernier espace, à vocation informative, présente certaines conclusions des travaux de recherche menés par l‘équipe.

Mots-clés

Dans les ateliers, la créativité s’est construite par l’expérimentation : tester, déplacer, associer, recommencer et observer ce que ces gestes produisent. Elle consiste à ouvrir des horizons en regardant autrement ce qui nous entoure, ce que l’on vit et ce que l’on croyait déjà connaître. Elle crée des relations inédites entre des éléments, des expériences ou des points de vue, faisant émerger de nouvelles formes, questions ou pistes de solution.

L’ouverture consiste à se laisser rejoindre par une émotion, une proposition artistique ou la présence des autres. Elle peut amener à écouter son ressenti, à essayer une pratique inhabituelle ou à déplacer sa façon de comprendre l’art. Venir à l’atelier et s’engager dans une démarche peut déjà témoigner d’une certaine disponibilité à expérimenter. Cette disponibilité peut aussi grandir au fil des rencontres et des apprentissages. Il ne s’agit pas de tout accueillir sans réserve, mais de s’approcher progressivement de l’inconnu, à son rythme.

Les ateliers ont permis de parcourir matériaux, couleurs, gestes, idées, émotions, questions, relations à soi et aux autres. L’exploration déplace l’attention de l’œuvre finale vers le processus. Elle peut élargir les définitions de l’art, les critères de la réussite, la représentation de soi dans un groupe et la place qu’on y prend.

Une technique, une rencontre ou une proposition artistique peut faire émerger une autre manière de voir, de faire ou de se raconter. Découvrir, dans les ateliers, c’est parfois reconnaître une habileté jusque-là inexplorée ou à laquelle on souhaite se reconnecter, une idée qui nous stimule, un·e artiste qui nous inspire, une expérience qui se rappelle à nous. C’est aussi expérimenter de nouvelles façons de faire.

Jouer, c’est pouvoir essayer, déplacer, combiner et recommencer sans connaître d’avance le résultat. Les ateliers ont permis de retrouver le plaisir de manipuler des matériaux, de faire autrement et de se laisser surprendre. Cette expérience peut faire émerger curiosité, souvenirs ou joie de créer avec d’autres. L’incertitude, la peur de mal faire et l’auto-jugement peuvent toutefois la rendre exigeante. Jouer devient une manière d’explorer, où le plaisir côtoie le doute et le dépaysement.

Le risque, c’est la décision d’essayer, de se montrer et d’aller au bout, ou non, d’un processus. Il apparait lorsqu’on décide de s’engager, d’entrer dans l’inconnu, d’expérimenter, ou de prendre sa place au sein d’un groupe. Ces gestes peuvent sembler modestes, mais ils impliquent parfois une part intime de soi et exposent à la crainte de se tromper, de ne pas être à la hauteur ou d’être jugé·e.

S’exprimer, dans les ateliers, c’est parler bien sûr, mais c’est aussi fabriquer, débattre, prendre position ou laisser paraître une émotion autrement que par les mots. La création peut libérer ce qui était retenu et ouvrir de nouvelles compréhensions de soi, des autres ou d’une situation. Mais se dévoiler peut aussi être embarrassant, douloureux ou vulnérabilisant. L’enjeu est donc de préserver un espace où chacun·e puisse se livrer, ou non, selon ses propres désirs.

La fierté peut surgir devant une œuvre terminée, mais aussi dans le fait de s’être surpris·e, d’avoir osé, d’être revenu·e à l’atelier, d’être là ou de s’exprimer. Elle est parfois intime, apparaissant dans un sourire, une détente, et parfois partagée, lorsqu’on parle de sa participation aux personnes qui nous entourent. La reconnaître suppose d’accueillir des formes modestes, éphémères et singulières de réussite. L’atelier peut toutefois être vécu comme un moment de plaisir, de présence et de rencontre, sans que l’idée de réalisation soit centrale. La fierté dépend aussi des possibilités de mener un projet à terme.

Dans les ateliers, chacun·e a créé à sa manière tout en étant porté·e par la présence des autres, en partageant parfois un but commun : les échanges, les regards et les gestes d’attention ont fait progressivement naître des liens. Ce « nous » reste pourtant fragile et pluriel. Il peut inclure des affinités, des silences, des tensions. Le collectif s’est négocié à travers des rapprochements spontanés et d’autres parfois plus exigeants.

Dans les ateliers, l’entraide se manifeste dans des gestes simples : passer un crayon, partager du matériel, encourager une idée, accueillir une nouvelle personne ou aider à ranger. Elle inverse parfois les rôles, lorsque des participant·es soutiennent l’équipe ou prennent soin du fonctionnement collectif. L’entraide se renforce avec le temps, par des expériences partagées, un climat de confiance et une reconnaissance des différences.

Le mouvement évoque ce qui se déplace, recommence à circuler et retrouve une impulsion. Il peut naître de peu de chose : un geste, une rencontre, une idée ou une expérience artistique peuvent éveiller la curiosité, remettre en marche une énergie, nourrir un désir d’agir suspendu. Un mouvement en appelle parfois un autre, au-delà de l’activité elle-même. L’art peut aussi susciter une dynamique collective, en faisant circuler des expériences et en ouvrant des possibilités de prise de parole.

Le pouvoir d’agir se manifeste parfois dans des gestes simples : venir à l’atelier, prendre place dans un groupe, choisir un matériau, créer ou prendre la parole, se sentir bienvenu·e dans un lieu culturel. Ces actions permettent de compter dans une expérience commune. L’art peut alors devenir un espace d’action, un moyen d’agir sur son environnement et une occasion de se reconnaître capable de contribuer et d’agir avec les autres et dans un horizon partagé.